VAE éducateur spécialisé : livrets, jury et conseils

Beaucoup d’éducateurs spécialisés en poste se reconnaissent dans la même situation : des années d’accompagnement en foyer, en Institut médico-éducatif ou en prévention, mais toujours pas de Diplôme d’État d’Éducateur Spécialisé. La VAE éducateur spécialisé

Sophie Martineau

Rédigé par : Marie Clermont

Publié le : 4 mai 2026


Beaucoup d’éducateurs spécialisés en poste se reconnaissent dans la même situation : des années d’accompagnement en foyer, en Institut médico-éducatif ou en prévention, mais toujours pas de Diplôme d’État d’Éducateur Spécialisé. La VAE éducateur spécialisé devient alors un passage presque obligé pour aligner responsabilités et reconnaissance officielle. Entre l’étude de faisabilité sur France VAE, la rédaction des livrets et l’entretien avec le jury, la démarche peut néanmoins sembler labyrinthique, surtout lorsqu’il faut concilier vie familiale, horaires en coupure et fatigue accumulée.

L’enjeu dépasse la simple obtention d’un diplôme. La validation des acquis pour le DEES interroge le rapport à son métier, le sens donné au quotidien auprès des personnes accompagnées, mais aussi la capacité à mettre en mots une pratique souvent intuitive. Ceux qui réussissent ne sont pas forcément les plus à l’aise avec l’écrit, mais ceux qui acceptent ce travail de tri dans leur parcours professionnel et qui se donnent une méthode. Concrètement, un dossier VAE solide repose sur des expériences ciblées, une analyse rigoureuse et une bonne compréhension des attentes du jury, bien plus que sur un nombre d’années d’ancienneté.

En bref

  • Objectif : obtenir la certification DEES par VAE grâce à l’analyse de son expérience d’éducateur spécialisé, sans reprendre trois ans d’école.
  • Pré-requis : au moins un an d’activités en lien direct avec le référentiel d’éducateur spécialisé, idéalement 3 à 5 ans pour disposer de matière à analyser.
  • Nouveauté : étude de faisabilité via la plateforme France VAE pour les salariés du privé et demandeurs d’emploi, livret 2 rénové et exigence de niveau bac+3.
  • Clé de réussite : traiter la VAE comme un projet structuré, avec accompagnement, planning réaliste et choix stratégiques des situations décrites.
  • Résultat possible : validation totale du diplôme, validation partielle avec compléments de formation, ou réorientation vers d’autres certifications du social.

Comprendre la VAE éducateur spécialisé : cadre, éligibilité et réalités de terrain

Avant d’ouvrir le moindre fichier de dossier VAE, il reste utile de poser les bases de ce dispositif. La VAE, Validation des Acquis de l’Expérience, est un droit qui permet d’obtenir une certification officielle à partir de ce que l’on fait déjà dans son travail. Pour le Diplôme d’État d’Éducateur Spécialisé (DEES), il ne s’agit ni d’une “formation raccourcie” ni d’un contrôle de connaissances scolaires, mais d’une évaluation de la pratique professionnelle, au regard d’un référentiel de compétences.

Sur le terrain, les candidats viennent de profils très divers. Certains ont commencé comme surveillants de nuit, d’autres comme animateurs, auxiliaires de vie scolaire ou accompagnants éducatifs et sociaux. Au fil des années, ils se retrouvent référents de projet, coordonnateurs d’ateliers, parfois tuteurs de stagiaires, sans que leur fiche de poste ait suivi. Cette montée en responsabilité sans diplôme génère un sentiment d’écart, voire d’injustice, que la VAE éducateur spécialisé permet de réduire.

Un exemple concret aide à se situer. Karim, 41 ans, travaille depuis dix ans dans un Service d’éducation spécialisée et de soins à domicile. Il assure les visites à domicile, participe aux synthèses, rédige des comptes rendus, anime des réunions avec les familles. Officiellement, son contrat reste celui d’un professionnel non diplômé. Dans les faits, ses missions recouvrent largement celles d’un éducateur spécialisé. Son éligibilité à la VAE DEES se joue moins sur le titre de poste que sur la nature réelle des tâches exercées.

Les conditions réglementaires sont simples sur le papier. Il faut justifier d’au moins un an d’activités, continues ou non, correspondant aux missions d’un éducateur spécialisé, soit environ 1 607 heures. Cette durée minimale peut être atteinte par des CDD successifs, un temps partiel ou des remplacements prolongés. Des expériences bénévoles ou associatives structurées peuvent compléter le dossier, mais une pratique exclusivement bénévole reste rarement suffisante pour viser une validation complète.

L’enjeu, ensuite, consiste à confronter sa trajectoire professionnelle au référentiel du DEES. Celui-ci se décline en quatre grands domaines de compétences, eux-mêmes découpés en blocs : relation éducative, conception et conduite de projets, travail en équipe pluriprofessionnelle, dynamiques partenariales et travail en réseau. Quand un candidat reconnaît qu’il couvre environ 85 à 90 % de ces compétences, le feu passe franchement au vert. Lorsque certaines dimensions centrales sont quasiment absentes, il vaut mieux envisager un autre chemin, par exemple la VAE AES pour le DEAES ou une formation initiale.

D’ailleurs, cette réflexion sur la cible du diplôme ne se limite pas au seul DEES. Plusieurs professionnels s’interrogent entre différents titres du travail social : moniteur éducateur, éducateur spécialisé, éducateur de la Protection judiciaire de la jeunesse, auxiliaire de puériculture, etc. Une ressource qui présente l’ensemble des diplômes accessibles par validation des acquis, comme la page dédiée aux diplômes obtenables par VAE, permet de vérifier que le choix du DEES reste cohérent avec les missions réellement exercées.

Dernier point souvent sous-estimé : la VAE ne convient pas à tout le monde au même moment de la vie. Une personne qui vient d’entrer dans le secteur, avec moins de deux ans d’expérience, aura rarement assez de recul pour analyser sa pratique. Dans ce cas, mieux vaut consolider ses repères professionnels, peut-être viser d’abord un diplôme de niveau inférieur ou suivre quelques formations courtes, puis revenir vers la VAE avec davantage de vécu. Forcer le calendrier conduit souvent à un dossier pauvre en analyse.

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Au fond, comprendre réellement ce qu’implique la VAE DEES, c’est accepter qu’il s’agit d’une démarche exigeante mais réaliste pour qui exerce déjà, au quotidien, des missions d’éducateur spécialisé.

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Étapes et nouveau fonctionnement VAE éducateur spécialisé : de France VAE au livret 2

Une fois la décision prise de viser le DEES par validation des acquis, reste la question très concrète du “comment”. Avec la réforme récente, le déroulé a changé, notamment pour les salariés du secteur privé et les demandeurs d’emploi, qui passent désormais par la plateforme unique France VAE. Pour les agents publics, le DAVA régional reste l’interlocuteur privilégié, comme le DAVA de Clermont pour l’Auvergne.

Prenons le cas de Sophie, éducatrice non diplômée dans une MECS. Elle commence par se renseigner via un entretien gratuit auprès d’un service d’information VAE. Cet échange permet de balayer son parcours professionnel, de vérifier le lien avec le DEES et de préciser les prochaines étapes. Rien n’est encore engagé, mais le projet se clarifie : calendrier possible, ressources disponibles, niveau de charge de travail à prévoir.

Pour les candidats relevant du privé ou de France Travail, la première vraie étape opérationnelle est aujourd’hui l’étude de faisabilité, qui remplace l’ancien livret 1. Cette étude se remplit directement en ligne sur France VAE, avec description des postes occupés, missions, durée des contrats et pièces justificatives. L’objectif n’est plus seulement administratif. Il s’agit déjà d’apprécier si l’expérience est suffisamment en phase avec le diplôme visé.

Cette phase peut sembler austère, mais elle évite des mois de travail pour rien. Un dossier non recevable est ainsi identifié en amont, et le candidat peut être réorienté vers une autre certification plus adaptée, par exemple une VAE moniteur éducateur ou auxiliaire de puériculture, plutôt que de s’acharner sur un objectif décalé de la réalité de son poste.

Une fois l’étude de faisabilité validée, vient le cœur du travail : la rédaction du livret 2. C’est dans ce document que le candidat présente, analyse et met en perspective trois situations professionnelles principales en lien avec les huit blocs de compétences du DEES. Le livret 2 publié en 2021 pour le nouveau référentiel attend un niveau d’analyse bac+3 : il ne s’agit plus de raconter simplement ce qui a été fait, mais de montrer pourquoi les choix ont été posés, dans quel cadre et avec quels effets.

Pour ne pas se perdre, beaucoup de candidats s’appuient sur une démarche en trois temps.

  1. Faire le tour de son expérience en identifiant les grands “pôles” de compétences déjà mobilisés.
  2. Traduire le référentiel du DEES en questions concrètes : “quels projets j’ai réellement conçus ?”, “dans quelles situations ai-je travaillé en réseau ?”.
  3. Sélectionner quelques situations fortes qui croisent plusieurs domaines de compétences, plutôt que de multiplier les exemples superficiels.

Ce tri initial demande un vrai effort, mais il allège ensuite l’écriture. Une scène d’admission d’un jeune au profil complexe en MECS, par exemple, peut illustrer à la fois la relation éducative, la conduite de projet, le travail d’équipe et le partenariat avec l’ASE ou la scolarité. Inutile de chercher trois histoires différentes si une seule situation permet de déployer finement ces aspects.

Pour sécuriser ce travail, l’accompagnement VAE joue un rôle clé. Les candidats suivis par un conseiller formé progressent souvent plus vite : ils organisent mieux leurs idées, comprennent les attentes du jury et évitent les pièges fréquents, comme le récit trop centré sur l’émotion ou, à l’inverse, une liste sèche de tâches sans analyse. L’accompagnement n’écrit pas à la place du candidat, mais l’aide à trouver sa voix professionnelle et à argumenter.

Le temps global de cette démarche varie beaucoup, mais la plupart des projets DEES s’étalent sur 8 à 18 mois, en fonction des contraintes de vie et du calendrier des jurys. Ceux qui planifient dès le départ un créneau hebdomadaire dédié, quitte à le réduire à deux heures régulières, tiennent mieux la distance. Ceux qui misent sur les vacances scolaires ou les “trous” dans l’agenda finissent souvent par accumuler du retard.

Une fois le livret 2 déposé, s’ouvre la dernière étape, souvent la plus redoutée : l’entretien avec le jury. Ce moment mérite sa propre stratégie, car il ne suffit pas de “relire son dossier” la veille pour être prêt. C’est ce que nous allons détailler plus loin, mais retenez déjà que l’oral n’est pas une récitation du livret, c’est une conversation professionnelle avec des pairs.

Construire un dossier VAE DEES convaincant : structure, erreurs fréquentes et regard du jury

Le mot “dossier” fait parfois lever les yeux au ciel. Pourtant, un dossier VAE bien construit fonctionne surtout comme un miroir de la pratique, lisible pour des professionnels extérieurs. Le jury cherche à y repérer des compétences stabilisées, une réflexion éthique et une compréhension fine du travail social, pas un chef-d’œuvre littéraire.

La première décision forte concerne le choix des situations à développer. Empiler des anecdotes ne convainc personne. Un candidat qui décrit trois accompagnements suivis, sur plusieurs mois, donnera au jury bien plus de matière sur la conduite de projet, les ajustements, les tensions et les réussites, qu’un autre qui mentionne dix activités sans profondeur. Les dossiers qui fonctionnent assument ce choix de la qualité plutôt que de la quantité.

Une trame simple peut servir de fil rouge pour chaque situation.

  • Contexte et cadre institutionnel (type de structure, public, rôle exact du candidat).
  • Objectifs éducatifs et repères éthiques (ce qui était visé, dans quel cadre légal et déontologique).
  • Actions menées et coopération avec l’équipe et les partenaires.
  • Résultats observés, ajustements réalisés.
  • Analyse critique et perspectives (ce que le candidat referait ou non, limites identifiées, besoins de formation).

Cette structure évite deux écueils très fréquents. D’un côté, le récit émotionnel où l’on parle surtout des ressentis, sans jamais nommer les enjeux éducatifs ou institutionnels. De l’autre, le catalogue d’actions où la personne se décrit “en activité” permanente, mais sans questionner le sens de ce qu’elle fait.

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Pour visualiser ce que le jury regarde concrètement, un tableau comparatif peut aider.

Bloc de compétences DEES Exemple de situation développée Ce que le jury observe en priorité
Relation éducative spécialisée Accompagnement d’un jeune présentant des troubles du comportement en foyer Capacité à instaurer une relation de confiance, positionnement éthique, respect du cadre
Conception et conduite de projet Élaboration et suivi d’un projet personnalisé en SESSAD Diagnostic partagé, définition d’objectifs, réajustements, implication de la personne et de la famille
Travail en équipe et communication professionnelle Participation aux réunions cliniques, rédaction de rapports Qualité des écrits, transmissions ciblées, argumentation en réunion, respect du secret
Dynamiques partenariales et réseaux Coordination avec école, ASE, CMP autour d’un même enfant Compréhension du réseau institutionnel, clarté des rôles, qualité du partenariat

Ce type de grille ne doit pas figurer tel quel dans le livret, mais il peut rester sous la main pendant l’écriture. Il rappelle que chaque récit doit, d’une manière ou d’une autre, parler de compétences, pas seulement d’événements.

Autre point de vigilance : le langage utilisé. Dans de nombreuses structures, un jargon interne s’est installé avec des acronymes, des noms de projets maison et des habitudes de langage. Le jury, lui, ne connaît pas vos codes locaux. Un bon dossier prend le temps de présenter brièvement le service, le public, les partenaires. Une phrase du type “le groupe 3” ne signifie rien sans contexte. À l’inverse, une présentation claire en quelques lignes montre que le candidat sait se décentrer.

Les erreurs les plus fréquentes observées en jury DEES reviennent souvent.

D’une part, les dossiers copiés-collés de modèles trouvés en ligne, reconnaissables à des formulations trop générales, presque interchangeables. Les jurys les repèrent facilement, et cela décrédibilise la démarche. D’autre part, les dossiers très courts, qui frôlent le minimum demandé et laissent de larges zones d’ombre sur des compétences entières du référentiel.

Certains candidats se dévalorisent aussi excessivement, par peur de “se vendre”. Résultat, le lecteur peine à voir ce que la personne maîtrise vraiment. À l’inverse, un ton trop auto-satisfait, où rien n’est jamais remis en question, passe rarement. Le plus convaincant reste une posture équilibrée : conscience de ses atouts, reconnaissance de ses limites, capacité à identifier des besoins de formation future.

Un dernier conseil pour cette partie écrite : relire son dossier avec le regard d’un collègue d’un autre établissement. Si cette personne comprend les enjeux des situations sans connaître votre structure, et qu’elle retrouve clairement les compétences d’éducateur spécialisé au fil des pages, le livret est sur la bonne voie.

Financement, articu­lation avec la formation et liens avec les autres diplômes du social

La question financière pèse souvent lourd lorsque l’on envisage un accompagnement VAE, des déplacements pour les regroupements et, parfois, des heures d’absence au travail. Pourtant, un tour d’horizon précis des dispositifs montre qu’il existe des solutions, surtout si l’on anticipe un minimum.

Le premier levier reste le Compte Personnel de Formation. Le CPF permet de financer tout ou partie de l’accompagnement VAE, voire certaines actions liées à la démarche. Sur la plateforme, les prestataires indiquent généralement une durée, un coût et un contenu détaillé : nombre d’heures d’entretien individuel, ateliers collectifs, préparation à l’oral, relectures ciblées. Comparer ces offres aide à éviter les accompagnements trop “light” pour un diplôme aussi exigeant que le DEES.

Pour les personnes suivies par France Travail, des aides complémentaires peuvent couvrir des frais annexes, par exemple des déplacements vers le lieu d’accompagnement ou des modules de formation complémentaires en cas de validation partielle. Ces aides ne sont pas automatiques, elles se construisent dossier en main, en argumentant le projet professionnel et l’intérêt du diplôme pour l’insertion durable.

Du côté des employeurs, les politiques oscillent entre soutien affirmé et prudence. Beaucoup d’associations et de structures publiques ont compris l’intérêt d’avoir des éducateurs spécialisés diplômés : sécurisation des agréments, renforcement de l’équipe, crédibilité accrue auprès des financeurs. Dans ces contextes, le salarié peut obtenir une prise en charge financière, du temps banalisé pour travailler sur son livret 2, voire un tutorat interne.

D’autres directions craignent qu’un salarié fraîchement diplômé cherche immédiatement ailleurs. Ce risque existe, mais l’expérience montre aussi que les professionnels se projettent davantage dans une structure qui les accompagne dans leur évolution. Préparer un argumentaire montrant en quoi la validation des acquis renforce la qualité du service peut aider à débloquer la situation.

Lorsque le jury accorde une validation partielle, le candidat reçoit une liste claire de blocs manquants. Plusieurs options s’offrent alors : attendre et revenir avec une nouvelle expérience ciblée, suivre des modules courts en école de travail social, ou combiner les deux. Certaines formations d’éducateur spécialisé organisent des modules spécifiques d’un an pour compléter un diplôme partiellement validé, ce qui permet de capitaliser sur le travail déjà réalisé en VAE.

Cette articulation entre VAE et formation classique ne se limite pas au DEES. Des professionnels choisissent d’abord une VAE pour un diplôme de niveau 4 ou 5 (par exemple moniteur éducateur), puis envisagent plus tard une formation initiale ou par alternance pour l’éducateur spécialisé. D’autres cheminent à travers plusieurs titres, en fonction de leur évolution : un professionnel de la petite enfance peut viser une VAE auxiliaire de puériculture ou un CAP petite enfance, puis, quelques années plus tard, se réorienter vers le travail social au sens large.

Dans cette mosaïque de possibilités, un point reste constant : mieux vaut viser un diplôme cohérent avec son poste actuel ou à court terme plutôt que se disperser sur plusieurs titres en même temps. Techniquement, rien n’empêche de monter deux dossiers VAE en parallèle, mais la charge de travail devient rapidement ingérable, surtout pour un DEES. Concentrer ses forces sur un seul objectif majeur évite la lassitude et le risque de dossiers inaboutis.

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Pour ceux qui hésitent encore sur le bon choix de diplôme, des pages de présentation détaillées comme celle dédiée à la VAE éducateur spécialisé ou celle consacrée au moniteur éducateur donnent une photographie utile des missions, des niveaux d’exigence et des débouchés. Croiser ces informations avec sa réalité de terrain aide à trancher, sans rester bloqué dans l’indécision.

Au final, la question du financement n’est pas un obstacle insurmontable, mais un paramètre à intégrer dès le départ, au même titre que la charge de travail ou le calendrier des jurys.

Préparer l’oral devant le jury et penser l’après VAE éducateur spécialisé

L’entretien avec le jury reste le grand moment de tension de la VAE DEES. Pourtant, lorsque le livret 2 a été travaillé sérieusement, ce rendez-vous devient une occasion de défendre son identité professionnelle devant des pairs. La plupart des jurys sont composés de deux types de membres : des professionnels du secteur social et des formateurs d’écoles de travail social. Ils connaissent la réalité du terrain et attendent un échange de niveau bac+3, pas un spectacle.

Le déroulé type est assez stable. Après un temps d’accueil, le candidat dispose de cinq à dix minutes pour se présenter : parcours, fonctions actuelles, choix des situations développées dans le dossier. Ce temps n’est pas une simple biographie. C’est une manière de donner un fil conducteur à la lecture du livret, de souligner ce qui fait la spécificité de son chemin. Vient ensuite l’échange avec le jury, qui rebondit sur des points du dossier, pose des questions sur la posture, le cadre légal, la gestion de situations délicates.

Les questions reviennent souvent autour de quelques thèmes majeurs : secret professionnel et partage d’informations, bientraitance, place de la famille, partenariat avec l’école ou la justice, gestion des conflits en équipe. Le candidat qui a pris le temps de relier ses expériences à ces notions, pendant l’écriture du livret, répond plus sereinement. Celui qui découvre ces enjeux à l’oral se retrouve vite déstabilisé.

Pour préparer cette étape, plusieurs stratégies simples fonctionnent bien.

  • Relire son livret en notant les points qui pourraient être questionnés, notamment là où des tensions ou échecs sont apparus.
  • Simuler un entretien avec un collègue ou un accompagnateur, en jouant franchement le rôle du jury.
  • Retravailler quelques notions théoriques de base (droits des usagers, cadre légal, projet personnalisé, travail en réseau) pour pouvoir les expliciter avec des mots simples.

Au fond, le jury cherche moins un professionnel “qui sait tout” qu’une personne capable de réfléchir à ses pratiques, d’entendre un questionnement et de reconnaître ses besoins de formation future. Un candidat qui explique où il se sent moins à l’aise et comment il compte y remédier apparaît souvent plus crédible qu’un autre qui affirme maîtriser tous les domaines sans nuance.

Vient ensuite le temps de la décision : validation totale, validation partielle ou refus. En cas de validation partielle, le document remis détaille précisément les blocs de compétences obtenus et ceux qui restent à acquérir. Cette feuille de route évite les interprétations floues. Certains en profitent pour repositionner leur projet professionnel, d’autres pour demander un aménagement de poste qui permette de travailler davantage les compétences manquantes.

Quand la validation est totale, une autre phase commence, parfois moins anticipée : comment utiliser ce diplôme dans sa trajectoire ? Selon les structures, la reconnaissance peut prendre la forme d’un changement de coefficient, d’une mobilité interne, ou d’une candidature vers un autre établissement. Ignorer cette réflexion, c’est risquer de vivre la VAE comme un aboutissement administratif, sans réel impact sur le quotidien.

Beaucoup de nouveaux diplômés profitent de ce moment pour clarifier leurs envies : rester auprès du même public, découvrir un autre champ (addictologie, PJJ, petite enfance), préparer à plus long terme des fonctions de coordination ou de direction intermédiaire. Certains se tournent vers des formations complémentaires, parfois courtes, sur des thématiques ciblées (médiation, clinique du trauma, travail avec les familles).

Il reste aussi la dimension plus intime de la reconnaissance. Passer de “non diplômé confirmé” à “éducateur spécialisé diplômé d’État” modifie le regard sur soi, mais aussi celui des collègues. Quelques tensions peuvent apparaître, surtout lorsque plusieurs personnes de l’équipe restent sans diplôme. Ouvrir des espaces de parole, expliquer ce qu’a représenté ce travail de VAE, contribue à apaiser ces mouvements et à partager les bénéfices de la démarche, plutôt que de l’opposer aux autres.

En fin de compte, la VAE éducateur spécialisé ne se résume pas à un entretien d’une heure. C’est un temps fort d’une histoire professionnelle, qui mérite d’être prolongé par des choix construits, cohérents avec ce que le dossier et le jury ont déjà révélé.

Combien de temps prévoir pour une VAE éducateur spécialisé complète ?

La plupart des démarches VAE pour le DEES s’étalent entre 8 et 18 mois, depuis l’étude de faisabilité jusqu’au passage devant le jury. Ce délai dépend surtout de votre disponibilité pour rédiger le livret 2, du calendrier des accompagnements et des sessions de jury proposées par le certificateur. Programmer dès le départ un planning réaliste, avec un créneau hebdomadaire dédié, aide à tenir la durée sans s’épuiser.

Faut-il être actuellement en poste comme éducateur spécialisé pour être éligible ?

Non, l’important n’est pas l’intitulé du poste actuel mais le contenu réel des missions exercées sur l’ensemble de votre carrière. La règle est d’avoir au moins un an d’activités en lien direct avec le référentiel du DEES : accompagnement éducatif, participation aux projets personnalisés, travail en équipe pluriprofessionnelle et en partenariat. Vous pouvez être en emploi, en reconversion ou en recherche d’emploi au moment de la demande.

Que faire si le jury n’accorde qu’une validation partielle du DEES ?

En cas de validation partielle, le jury précise les blocs de compétences validés et ceux qui ne le sont pas encore. Vous disposez alors d’un délai pour compléter ces éléments, soit par une nouvelle expérience professionnelle ciblée, soit par des modules de formation continue proposés par une école de travail social. Une fois ces compléments réalisés, vous pouvez déposer un dossier ou passer un nouvel oral sur les seuls blocs manquants pour demander la validation totale.

La VAE éducateur spécialisé est-elle adaptée si l’on n’est pas à l’aise avec l’écrit ?

Le livret 2 demande un travail d’écriture important, mais il ne s’agit pas de produire un texte littéraire. L’enjeu est de décrire et d’analyser sa pratique avec des mots simples, précis et professionnels. Un accompagnement VAE, des ateliers d’écriture ou l’appui ponctuel d’un collègue peuvent vraiment aider. L’oral devant le jury permet aussi de compléter ce qui reste difficile à formuler à l’écrit.

Est-il pertinent de lancer plusieurs VAE du social en même temps ?

La réglementation ne l’interdit pas, mais ce n’est généralement pas une bonne idée, surtout lorsqu’un DEES fait partie des objectifs. Chaque diplôme a son référentiel, ses attendus et son jury. Mener plusieurs VAE simultanément multiplie la charge de travail et le risque de dossiers superficiels. Mieux vaut cibler le diplôme le plus cohérent avec votre expérience actuelle, mener cette VAE jusqu’au bout, puis envisager d’autres validations si votre trajectoire évolue.

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